Les scientifiques prennent les communications au sérieux

15 janvier 2010



Explorer de nouveaux horizons : Le nouveau cours de la Dre Barbara Vanderhyden à l’Université d’Ottawa s’adresse aux étudiants de deuxième cycle et porte sur la façon de parler de la science aux médias et au public.

 

Dr. Barbara VanderhydenLa Dre Barbara Vanderhyden, présidente du comité de recherche de Cancer de l’ovaire Canada et titulaire de la Chaire de recherche Corinne Boyer sur le cancer de l’ovaire à l’Université d’Ottawa, sait très bien comment présenter des résultats d’études scientifiques au public, y compris aux médias. Cancer de l’ovaire Canada fait souvent appel à la Dre Vanderhyden pour accorder des entrevues aux médias au sujet des dernières avancées de la recherche sur le cancer de l’ovaire ou pour parler aux survivantes et aux familles lors d’activités d’information. Reconnaissant l’importance de présenter de l’information scientifique aux profanes, la Dre Vanderhyden a mis sur pied un cours pour aider les étudiants de deuxième cycle à acquérir cette compétence utile et bien davantage. Ce cours sera offert à nouveau l’année prochaine, en français et en anglais.

Le journaliste scientifique Roger Bird, qui a participé à ce cours à titre de représentant des médias, a rédigé l’article suivant pour le site Web de la World Federation of Science Journalists (wfsj.org). Il est reproduit avec la permission de l’auteur et de Jean-Marc Fleury, titulaire de la chaire de journalisme scientifique Bell Globemedia de l’Université Laval (Québec) et directeur général de la World Federation of Science Journalists.

Les scientifiques prennent les communications au sérieux

Par Roger Bird

Sur le campus de l’Université d’Ottawa, dans la capitale nationale, environ 25 étudiants en sciences se sont réunis récemment dans une salle de classe pour présenter les communiqués qu’ils avaient rédigés sur leurs travaux de recherches.

Ils ont rencontré des journalistes scientifiques chevronnés du Toronto Star et du Ottawa Citizen et quatre autres journalistes aux reportages généraux d’expérience, qui couvrent souvent des sujets de nature scientifique, bon gré mal gré.

Un journaliste les a réunis en petits groupes pour les interviewer chacun à tour de rôle au sujet de leurs travaux.

« Les étudiants étaient vraiment très loin de leur zone de confort », a affirmé leur professeure, la Dre Barbara Vanderhyden, une chercheuse dans le domaine du cancer à l’Université d’Ottawa et à l’Institut de recherche en santé d’Ottawa.

Le cours de la Dre Vanderhyden vise à faire que les communications entre les scientifiques et le public, y compris les médias, deviennent davantage un dialogue, que les scientifiques assument leur part de responsabilité et expliquent leurs travaux, soulageant ainsi les journalistes scientifiques d’une partie de ce fardeau.

Vous dites fardeau? Voyez plutôt. En 2006, la Royal Society du Royaume-Uni a commandé une étude visant à évaluer l’attitude des scientifiques à l’égard des communications de même que leurs aptitudes à présenter clairement la science au public.

Le public le plus important pour ces scientifiques, c’étaient les « décideurs ». Les journalistes venaient au dernier rang, après les écoliers, les ONG, les enseignants et l’industrie. Plus de 70 pour cent d’entre eux n’avaient aucune formation sur les médias ou les communications.

Students in Tanzania participate in an international version of Let’s Talk Science run by graduates of Dr. Vanderhyden’s University of Ottawa course.L’étude a recommandé « la formation des scientifiques dans le domaine de la sensibilisation du public, des décideurs et des médias ».

Le cours de l’Université d’Ottawa s’inscrit dans ce mouvement pour paver la voie à un dialogue. Il existe un programme beaucoup plus ambitieux au Massachusetts Institute of Technology, où un département complet se consacre aux « sciences humaines et communications ».

En Europe, Ângela Guimarães Pereira, la spécialiste des questions scientifiques à la Commission européenne, a donné un cours de « communications publiques dans le domaine de la science… d’un point de vue journalistique ». Ce cours a été offert de 2006 à 2008, jusqu’à ce que les fonds soient épuisés. Madame Pereira a annoncé que son groupe préparait une publication basée sur ce cours « qui pourrait être diffusée l’année prochaine ».

Au Massachusetts Institute of Technology, un instructeur a affirmé que lorsque les scientifiques classent les journalistes au dernier rang de la liste de personnes à qui ils doivent parler, comme ils l’ont fait lors du sondage de la Royal Society, cela « prouve qu’ils n’ont pas réfléchi! ».

Jennifer Craig est chargée de cours en rédaction et sciences humaines dans le cadre du programme du MIT. Elle enseigne aux étudiants du département d’aéronautique et d’astronautique, et est l’un des 35 instructeurs à temps plein et à temps partiel qui donnent ce type de cours au MIT.

Mais les médias ne font pas partie du programme. Il n’existe aucun cours sur la façon de rédiger un communiqué, de se comporter lors d’une entrevue télévisée ou de présenter clairement un concept à un journaliste.

(MIT offre toutefois une maîtrise en rédaction scientifique, mais rien à l’intention des étudiants en sciences dans le cadre de leur propre programme, qui est déjà tellement chargé qu’il ne reste plus de place pour autre chose.)

Madame Craig explique que le programme met l’accent sur « les décideurs, l’industrie et les autres scientifiques », plutôt que sur les médias. Au MIT, on est conscient que « même une personne brillante a besoin de se faire expliquer » un domaine qu’elle connaît peu.

« Ce qui est difficile à comprendre pour mes étudiants, c’est qu’ils n’écrivent pas pour une seule personne, en général leur professeur, mais plutôt pour un groupe varié de personnes, qui ne sont pas des experts. Nous disons à nos étudiants qu’ils doivent être capables d’expliquer leur travail à des gens de niveaux différents. »

« Nous demandons aux étudiants d’analyser leur public cible et de trouver les arguments qui vont toucher ces gens. »

« Nous essayons de leur enseigner à adopter un processus de pensée critique lorsqu’ils écrivent. Il n’y a pas de modèle tout fait », ajoute-t-elle.

À l’Université d’Ottawa, le cours de la Dre Vanderhyden a été lancé il y a environ un an et, contrairement au programme du MIT, ce cours met l’accent sur la sensibilisation aux médias et l’encadrement.

Testing his ability to convey research to the public, graduate science student Max Rousseaux delivers a workshop at an Ottawa school through the Let’s Talk Science program.Elle a passé en revue 29 programmes « Parlons science » offerts dans des universités d’un bout à l’autre du Canada et n’a rien trouvé de semblable. « Par contre, depuis que le bruit s’est répandu au sujet de ce cours, nous avons reçu de nombreuses demandes de personnes intéressées et il semble que plusieurs autres universités envisagent de mettre sur pied quelque chose du genre. »

Les Européens ont rapidement répondu au besoin des scientifiques de collaborer plus étroitement avec les journalistes, et la Royal Society a réagi à son étude en offrant deux cours d’une journée.

Le cours de « techniques de communication » comprend l’écriture et la révision de textes pour différents publics et des conseils sur la rédaction de communiqués et d’articles de journaux. Le cours sur les médias explique comment fonctionnent les médias imprimés et radiotélévisés et offre de l’encadrement sur les techniques d’entrevue « bienveillantes », « méchantes » et « à distance », avec rétroaction sur bande magnétique.

La Dre Vanderhyden explique que la plupart des programmes universitaires en sciences proposent très peu au-delà du contenu scientifique pour aider les diplômés dans le monde du travail, par exemple comment rédiger une demande de subvention, définir des politiques de gestion du personnel, gérer les aspects financiers d’un laboratoire « et, si jamais ils devaient faire une découverte importante, comment communiquer la nature de cette découverte aux médias ».

Elle dit qu’elle a conçu ce cours parce que « sa première expérience avec les médias a été un véritable baptême du feu ». Ce fut une expérience terrifiante pour elle, qui est de nature timide. Elle était interviewée par un animateur dans un studio de télévision durant un téléthon d’une fondation contre le cancer.

« J’ai été sur la sellette” pendant une heure complète. Mais l’heure ne m’était pas entièrement consacrée. Toutes les quelques minutes, les caméras se tournaient vers nous, et l’animateur me posait quelques questions, avant que l’attention soit redirigée ailleurs. C’était très stressant et minuté avec tellement de précision (à la seconde près) qu’à certaines occasions, je pensais davantage à la durée de ma réponse qu’à ce que je devais dire. »

« Je n’avais reçu aucune formation pour faire face à une telle situation, qui fait maintenant partie de la vie d’un scientifique. »

La Dre Vanderhyden affirme qu’elle n’a vu que très peu d’exemples de reportages scientifiques bâclés. Au contraire, ils constituent généralement « des exagérations des résultats [expérimentaux] ou de leurs retombées éventuelles. Le dilemme est simple : la science progresse à petits pas, mais les journalistes sont à l’affût d’histoires spectaculaires. »

Alessandra Pasut, qui effectue de la recherche sur les cellules souches des muscles, a présenté son communiqué de presse à l’Université d’Ottawa. « Hmm », a-t-elle murmuré lorsqu’un journaliste lui a demandé ce que signifiait « fibroblastes ». « Vous savez, quand j’ai écrit mon communiqué, j’ai regardé ce mot et je me suis dit ‟oui, c’est à peu près ça”. »

« Nous avons l’habitude de discuter entre nous, scientifiques. C’est notre principal problème. »

Elle dit que le cours de la Dre Vanderhyden lui a appris « à gagner la confiance des gens ordinaires. C’est important de bien expliquer ce que vous faites. »

Légendes : Dre Barbara Vanderhyden; Pour évaluer sa capacité à présenter des résultats de recherche au public, Max Rousseaux, un étudiant de deuxième cycle en sciences, présente un atelier dans le cadre du programme Parlons sciences dans une école d’Ottawa.; Des étudiants de Tanzanie participent à une version internationale de Parlons sciences animée par des diplômés du cours de la Dre Vanderhyden à l’Université d’Ottawa..