Par Helen Martin
En juin 2005, j’avais 61 ans, j’étais en forme et en santé et je profitais d’une retraite bien méritée. J’étais une danseuse dynamique, membre d’une troupe semi-professionnelle de personnes du troisième âge qui effectuait des tournées de spectacles d’une semaine. J’étais plus heureuse que jamais, je dansais jusqu’à 10 heures par semaine et je n’avais jamais été aussi en forme.
En 24 ans, j’avais perdu ma mère et l’une de mes tantes du cancer de l’ovaire. C’est pourquoi je passais religieusement un examen annuel, en plus de tous les autres examens à l’intention des femmes. Comme il n’existe aucun test de dépistage pour ce type de cancer, mon médecin de famille effectuait toujours un examen vaginal/rectal bi-manuel. Il est possible de sentir les ovaires de la plupart des femmes grâce à cet examen et, cette année-là, il a remarqué un gonflement. Cela aurait terrassé la plupart des gens, mais je savais au fond de moi que mon tour était venu. J’ai donc subi une échographie transvaginale et dix jours à peine après le rendez-vous avec mon médecin, j’étais entre les mains d’un gynécologue oncologue qui diagnostiquait un cancer de l’ovaire à un stade avancé.
Un stade avancé??? Comment était-ce possible? Je connaissais les symptômes, mais je n’en éprouvais aucun. Une vraie maladie SOURNOISE!
J’avais un cancer de grade 3 (celui qui se développe et se répand le plus rapidement : une tumeur épithéliale « non différenciée ») au stade IIIc, avec une tumeur ovarienne de 12 cm et un ganglion tumoral malin à l’aorte thoracique descendante.
Je devais être opérée d’urgence. Ce qui voulait dire que je devais annuler tous les rendez-vous à mon agenda et mettre de côté tous mes plans pour l’avenir immédiat.
Pendant les 12 jours qui ont suivi, j’ai participé à une tournée de danse, j’ai démissionné de mon poste à temps partiel et j’ai planifié mon déménagement. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour renforcer mon système immunitaire. J’ai apporté la photo ci-jointe à mon examen préopératoire pour qu’elle soit versée à mon dossier et j’ai déclaré « Je veux revoir CETTE femme-là! » Je désirais que l’équipe médicale me remarque, se souvienne de moi et me perçoive comme une personne confiante.
L’intervention chirurgicale comprenait une hystérectomie, une salpingo-ovariectomie bilatérale ainsi que l’ablation de l’épiploon et du vilain ganglion tumoral. Elle comprenait également une réduction tumorale pour enlever une masse au côlon. Même si les médecins avaient examiné plusieurs organes vitaux à la recherche de traces de cancer et que j’avais 22 cm de points de suture sur l’abdomen, je n’ai éprouvé que peu de douleur, aucune nausée ni affaiblissement important. Je suis retournée à la maison quatre jours plus tard, me sentant forte et pleine de vie. Toutefois, le cancer s’était propagé à des ganglions lymphatiques inopérables au foie. Le mot « toutefois » venait de raccourcir l’horizon de ma vie à un petit judas au travers duquel je vivais une journée à la fois.
J’ai pris plaisir à reprendre le poids perdu au moment de l’intervention chirurgicale avant d’entreprendre six traitements de chimiothérapie intenses de carboplatine avec des doses normales de paclitaxel pour attaquer les tumeurs restantes. Tout au long des traitements, je me suis bien reposée, je me suis gâtée, j’ai lu des livres formidables et je suis devenue « mon unique priorité ».
Parce que je me suis toujours sentie en forme, j’ai vécu cette expérience comme un mauvais rêve. Les médicaments antiémétiques (contre les nausées) fonctionnaient à merveille, et je ne me suis jamais « sentie » malade. La constipation causée par les médicaments est mon seul mauvais souvenir, mais j’ai appris à la gérer dès mon deuxième traitement. J’ai continué à bien m’alimenter pour maintenir mon système immunitaire en santé et rester en forme. J’ai été assez forte pour continuer à danser tout au long de ma chimiothérapie, ce qui m’a procuré beaucoup de plaisir. La tête chauve et une casquette, quel sentiment de liberté! De toute façon, j’étais heureuse de m’être débarrassée de mes kilos en trop. Les médicaments m’ont même donné un très joli teint pendant quelques mois.
Heureusement, j’ai terminé mes traitements en décembre 2005 et je danse vers la guérison. La formule sanguine originale de mon analyse CA-125 a diminué de façon régulière tout au long de ma guérison et sert maintenant de référence pour surveiller une récurrence possible. « J’ai retrouvé CETTE femme-là! » Étrangement, malgré mes antécédents familiaux, le dépistage génétique pour la mutation du gène BRCA 1 ou 2 s’est révélé négatif.
Au cours de mon rétablissement en 2006, j’ai entendu parler de la campagne de sensibilisation Parler HAUT et FORT de Cancer de l’ovaire Canada. Le site Web de l’organisation m’a fourni d’excellents renseignements au sujet de la maladie et on m’a fait parvenir la formidable trousse Vous n’êtes pas seule. J’ai rapidement embrassé la cause, puisque Cancer de l’ovaire Canada est axé notamment sur la recherche pour mettre au point des tests de dépistage précoce. Ces tests sont essentiels pour sauver une plus grande proportion des sept femmes sur dix qui ne survivent pas à cette maladie.
Les survivantes en santé du cancer de l’ovaire sont une minorité, et plusieurs d’entre nous ressentent le besoin de partager leur expérience avec d’autres, si cela peut prévenir ne serait-ce qu’un diagnostic de cette maladie sournoise à un stade avancé. Ma fille Judy et moi animons des séances du programme « Comment relever le défi d’une maladie sournoise » à l’intention des femmes bien portantes, et j’aime participer au programme « Les survivantes, source d’apprentissage pour les étudiants » au Centre médical de l’Université McMaster à Hamilton, en Ontario.
Les années qui ont suivi ma maladie ont été les plus transformatrices et les plus gratifiantes de ma vie. La grâce de Dieu m’a permis d’être encore ici et de vivre des moments privilégiés. L’amour, l’appui, les prières et les petites attentions de mon mari, de ma famille et de dizaines d’amis dévoués m’ont soutenue dans mon épreuve. Je leur suis éternellement reconnaissante.
Le cancer a affaibli mon corps, mais il a rajeuni mon âme. C’est comme une facture à payer. Je sais qu’elle est là et que le temps viendra de la payer, mais elle n’occupe pas toutes mes pensées et je ne me laisse pas définir par elle. La vie n’est pas finie tant qu’elle n’est pas finie. Quand vous êtes sur votre lit de mort, alors vous êtes mourant. En attendant, vous êtes vivant.
La volonté de vivre est encore plus forte lorsqu’un patient participe activement à la lutte contre sa maladie. Lorsqu’on envisage la maladie avec une attitude combative, on n’est plus une victime sans défense, mais un partenaire actif de l’équipe médicale dans la lutte menant à une amélioration, une rémission ou une guérison. Cette transition entre l’attitude de victime sans défense et celle d’activiste détermine la façon dont les autres nous perçoivent et nous traitent. Si on accepte sa situation et qu’on ne s’apitoie pas sur son sort, les autres ne nous prennent pas en pitié. On garde ainsi la maîtrise de sa vie.